Alice Inanimée : naviguer dans le récit

Durant l’année scolaire 2011-2012, les élèves de deux classes de sixième du collège Saint Martial (Montmorillon) se sont formés sous la houlette du professeur documentaliste à la lecture d’un récit interactif : « Alice Inanimée ». Objectif : développer des compétences de lecture numérique.

L’année d’initiation à la recherche documentaire en sixième est l’occasion de poser les jalons d’une éducation à l’information. On entend par là : «  Toute démarche visant à permettre à l’élève de connaître, de lire, de comprendre et d’apprécier les représentations et les messages issus de différents  types de médias auxquels il est quotidiennement confronté, de s’y orienter et d’utiliser de manière pertinente, critique et réfléchie ces grands supports de diffusion et les contenus qu’ ils véhiculent ». (Source : Eduscol)

Pour développer ces compétences et en particulier la lecture sur écran, je me suis appuyé cette année sur un récit interactif, « Alice Inanimée » et en particulier sur le premier épisode. Il a servi de fil conducteur à différentes activités autour des caractéristiques de l’histoire tant au niveau de la forme que du contenu comme nous le verrons plus loin.

Alice Inanimée est un récit multimodal combinant à la fois du texte, du son, de l’image, de la vidéo ainsi que des jeux. En appréhendant différents modes de lecture (imprimé /écran) en analysant les images, en reliant les éléments de l’histoire portés par différents médias à travers le fil de la narration, l’élève est amené à développer et diversifier ses compétences de lecture. La réalisation d’une carte d’organisation d’idées (je  préfère utiliser cette expression plus parlante que le terme de mind map) et  la reconstruction des scènes de l’épisode 1 sous une forme graphique à la manière de l’artiste Warja Lavater lui permettent de se réapproprier le récit par un travail de synthèse et de créativité. Les élèves, consacrent actuellement les séances restantes à imaginer une suite à l’histoire en tenant compte des caractéristiques des personnages et de la structure du schéma narratif.

La première étape de ce projet a été de faire découvrir aux élèves « Alice Inanimée« . J’ai fait le choix de ne pas proposer de questionnaire jalonnant l’épisode 1 afin d’observer, dans les conditions les plus proches de leur pratique quotidienne , la manière dont ils abordent ce type de site. En revanche, afin de solliciter leur attention, je leur demande de noter les questions qu’ils se posent sur l’histoire et les mots qu’ils ne comprennent pas. Je souligne ici au passage que le texte en ligne affiché ne présente pas de grosses difficultés de compréhension. A la fin de la séance, je demande à deux ou trois élèves de raconter l’histoire. Puis, je reprends avec le groupe classe les questions de chacun.

Alice photographie des fleurs avec son Ba-XI

Cette séance permet d’aborder et de mettre en œuvre différentes compétences documentaires :

– Capacité à lire un texte et à décrypter des images fixes et mobiles dans un récit interactif. [A rapprocher de la compétence du socle commun : Lire comprendre et mettre en relation différents langages images,textes (5)]
– Connaître la structure d’un récit interactif. Organisation de l’information (notion de lien hypertexte – les repérer (sur la page d’accueil et dans l’épisode 1 : flèches en fin de texte et pictogrammes au sein du menu).
– Capacité à formuler des questions (questionner un sujet).
– Repérer l’information essentielle dans un document en ligne.
Bien entendu, il s’agit ici d’une initiation proposée à des élèves de sixième, ces compétences se renforceront et s’approfondiront tout au long de leur scolarité.

Évaluation

Mes critères d’évaluation (ce qui me permet de savoir si l’élève est capable de ) sont dans le domaine de la navigation hypertextuelle :

– Sur la page d’accueil du site, l’élève est capable de repérer qu’il existe plusieurs versions linguistiques de l’épisode, et de cliquer sur le lien-image hypertexte représentant le drapeau français.
Dans l’épisode 1, il comprend comment se déplacer dans le récit avec les liens hypertextes, flèches ou pictogrammes, situés en bas de page et à droite de l’écran balisant les chapitres de l’épisode.

J’évalue aussi sa compréhension du récit :

– L’élève renseigne son questionnaire et  note les réponses à ses questions en fin de séance.
-Il  est capable de raconter l’épisode 1 à ses camarades (présentation et caractéristiques des personnages, déroulement des événements) et de répondre à des questions concernant le récit.

Lecture en ligne : des pratiques différentes

J’ai fait le choix de ne pas proposer un questionnaire afin d’observer dans des conditions les plus proches de la pratique des élèves la manière dont ils abordent ce type de site.
Je constate qu’ils lisent les textes de manières différentes : silencieusement ou à voix haute, et avec le besoin pour certains de suivre le texte en le pointant avec le curseur de la souris. Je dois ajouter que le confort de lecture n’est pas optimum car je ne dispose pas de casque d’écoute ce qui peut expliquer que certains élèves peuvent être gênés par la musique d’accompagnement et ont besoin de renforcer leur lecture en le lisant à voix haute.

Ils utilisent essentiellement le lien hypertexte de la flèche pour passer d’une scène à l’autre. L’apparition d’un pictogramme à droite de l’écran formant une barre de menu n’a pas de prime abord retenu leur attention et certains n’ont pas perçu qu’elle peut leur permettre de revenir au début de l’histoire ou à un moment clé du récit. Un élève se fait la réflexion que cela peut servir a quelque chose et me lance : « les machins sur les côtés on peut y aller ? »
Ces différentes pratiques doivent être interrogées au regard des pratiques de lecture numérique et du questionnement sur l’attention (cf  référence en fin de billet).

Je suis amené alors à leur expliquer ce qu’est un lien hypertexte, les formes qu’il peut prendre sur une page web ou dans un récit en format flash, comment les reconnaître et la fonction d’une barre de menus sur un site.
Avec Alice Inanimée, le récit est interactif. Le lecteur agit en cliquant sur des flèches pour passer d’un chapitre à l’autre.

Il s’agit de ce que Hélène Godinet appelle L’hypertexte tourne-page. « Ce modèle reproduit à peu près le feuilletage séquentiel d’un livre. L’interactivité offerte à l’utilisateur est restreinte: invité à tourner les pages, une à une, il peut aussi revenir en arrière et quitter son parcours. Ce modèle de navigation, conforme à l’habitus culturel du livre, est sans doute transitoire« .

Éléments d’ambiance et compléments d’informations

Pour de jeunes élèves, cette navigation hypertextuelle basique (des flèches, des pictogrammes) constitue une aide à la lecture efficace pour se diriger dans le récit et capter leur attention sur un écran riche en illustrations fixes et mobiles, en sons d’ambiance ou sur un écran qui peut se partager en plusieurs fenêtres.

Images sur le thème de la Chine – copyright Bradfield Company Ltd

Le récit interactif fait appel aux sens. Le mouvement, la couleur, le son, la musique rendent l’ensemble plus vivant, plus attrayant. Il faudra d’ailleurs regarder de près comment ces éléments s’inscrivent dans le cadre de la problématique posée par Alain Giffard dans le cadre du « conflit des attentions » et de ce qu’il désigne  avec « l’attention orienté medium » où il interroge les questions de lisibilité du texte, de surcharge cognitive posées par les différents médias qui illustrent le récit entre autres. Il y a selon moi une recherche intéressante à faire ici afin de mieux former nos élèves. Recherche que je souhaite engager.

Dans l’épisode un, ces éléments apportent une touche d’ambiance à l’histoire. Quelques images : photographies de la Chine, ou la scène du jeu (5) apportent des éléments d’informations complémentaires au récit.

copyright Bradfield Company Ltd

Cette complémentarité texte et image fixe/mobile du récit suscite parfois le questionnement. « Les images sont floues c’est normal ? » s’ interroge un élève. Je lui explique qu’il s’agit de représenter ce que l’on voit derrière la vitre d’une voiture quand on voyage la nuit.

Chaque épisode du récit contient un jeu interactif qui se complexifie en avançant dans les épisodes. Dans l’épisode 1 il consiste à fixer des images de fleurs pour les photographier. L’apport du jeu les questionne sur la nature du récit interactif « mais ce n’est pas un film, c’est un jeu » s’exclame un élève .Celui-ci permet de faire une pause dans le visionnage du récit et relance l’attention d’un lecteur trop pressé.

Favoriser l’expression orale

Si le visionnage de l’épisode s’accompagne d’une trace écrite (le questionnaire de l’élève), il m’apparaît important d’avoir également un retour verbal de l’élève sur ce qu’il vient de lire. Cela me permet de vérifier s’il a compris l’histoire mais aussi de mesurer l’intérêt qu’il trouve à l’histoire.

Après avoir vu une première fois le récit avec les élèves, je leur demande de me le résumer oralement afin de vérifier ce qu’ils ont retenu de l’épisode. Je les interroge sur les principaux personnages qui sont-ils, que font-ils. Nous évoquons le métier de John (le papa d’Alice) et la prospection de pétrole en Chine.
D’autres élèves s’interrogent sur le sens des mots repérés dans le récit : comme le verbe « vrombir » ou le nom « limier. » Ils recherchent la définition dans le dictionnaire.

Brad, l’ami virtuel de Alice vu par élève

Brad, le personnage virtuel créé par Alice est l’occasion également de réflexions sur les relations que les élèves entretiennent avec des personnages de jeux en ligne ou de jeux vidéo.
Une élève me demande aussi pourquoi Alice raconte sa vie . L’occasion d’échanger avec un groupe sur leur pratique du journal intime. Je leur demande également  s’ils rédigent comme Alice des listes de choses qu’ils aimeraient faire dans leur vie.

Leurs réflexions sont utiles et pertinentes car elles m’ouvrent de nouvelles pistes pour aborder cette histoire.

A suivre prochainement : Alice Inanimée : cartographier le récit. J’aborderai l’usage de la carte d’organisation d’idées destinée à garder une trace de la navigation et à résumer les grandes lignes de l’histoire.

En savoir plus :
Hélène Godinet :
Produire un récit interactif avec l’hypertexte        ftp://ftp.ac-grenoble.fr/letftp/interactif.pdf

François Jourde : Lire à l’écran : (re)tournons (à) la page http://profjourde.wordpress.com/2014/08/06/page-ecran/                       consulté le 8/08/2014

Alain Giffard : Rhétorique de l’attention et de la lecture http://alaingiffard.blogs.com/culture/2013/10/rh%C3%A9torique-de-lattention-et-de-la-l/ecture.html

Article mis à jour le 8/08/2014




2 réponses à “Alice Inanimée : naviguer dans le récit

  1. Bonjour,

    Peut on connaître l’auteur ou la source de ce blog ?
    Lorsque je consulte un blog, j’aime savoir « d’où l’on parle », le contexte de travail, etc.
    Par exemple, ici, dans quel contexte d’interdisciplinarité la séance est-elle effectuée ? avec un prof de français ?
    Les compétences évaluées relèvent en effet de l’étude du récit en français, dans un contexte d’hypermédia, mais je n’y vois pas de compétence spécifiquement info-documentaire ?
    La navigation hypertextuelle est-elle une compétence info-doc ?

    Cordialement, Sophie B.

    • Bonjour. Le titre du blog est une référence au lapin de « Alice au pays des merveilles ». Une œuvre emblématique pour les créateurs de narrations transmedias qui se réfèrent souvent au « trou du lapin » « rabbit hole », porte d’entrée dans une narration transmedia. Pour ma part, je suis professeur documentaliste et m’intéresse à ce domaine. S’agissant des compétences mises en œuvre avec « Alice Inanimée » je vous invite à relire mes billets. En outre pourquoi, le professeur documentaliste se limiterait-il à enseigner uniquement des compétences infos-documentaires ? La narration transmedia peut aussi s’inscrire dans le cadre de l’éducation aux médias. En outre, travailler sur « Alice Inanimée » favorise l’expression écrite et orale des élèves, leur apprend à travailler en groupe, développe leur créativité. Et ces compétences sont du ressort de chaque enseignant y compris des profs-docs. En tout cas c’est mon humble avis.

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