Alice Inanimée : mon histoire, ma maison

Yourte, villa avec piscine, chalet à la montagne, appartement moscovite : autant de lieux à la fois familiers et étranges d’où convergent les récits de « Alice Inanimée ». Points de départ et d’arrivée qui suscitent pour nos élèves bâtisseurs d’histoires, l’envie de construire à leur tour un nouveau récit et d’y résider provisoirement le temps d’une année scolaire.

Alice héroïne du récit interactif « Alice Inanimée » vit dans le provisoire, au gré des déménagements familiaux. Chaque épisode s’inscrit dans un lieu éphémère que les personnages, et particulièrement Alice, tentent d’habiter par leurs désirs d’y mener une vie ordinaire. L’absence du père dans le premier épisode, des parents dans le deuxième, les menaces en Russie qui obligent la famille à s’enfuir, ternissent le quotidien de la petite fille. Et les lieux où elle réside sont pour elle loin d’être des destinations de rêve. Pour sa part, derrière les murs, le visiteur-spectacteur du récit s’interroge, invité à combler les vides. Les habitations où se déroulent les récits sont comme des appartements-témoins où il transite d’épisode en épisode. Mais aussi, lieu dont il s’inspirera à son tour pour poser les fondations de son propre récit.

Franchir le seuil

Il s’agit pour chacun d’entrer dans l’histoire : faire connaissance avec les personnages, avec les lieux du récit, dérouler la trame de l’histoire. Le mode de navigation directif par fléchage et par un menu composé de pictogrammes lui permet d’avancer sans encombre. Toutefois, il est nécessaire de demander au visiteur pressé de s’arrêter pour observer avec attention certains détails. Par exemple  le contenu de polaroïds évoquant la Chine (épisode 1), le paysage d’un champ pétrolifère (épisode 3) ou être vigilant au texte qui se déroule devant ses yeux. L’étrangeté des images (le voyage de Ming et Alice) nécessite parfois de réfléchir sur la représentation du réel « un paysage de nuit vu à travers la vitre d’une voiture » et de s’interroger sur la manière dont le graphisme rend compte d’une certaine réalité et contribue à créer une certaine atmosphère angoissante. On peut faire le même type de réflexion pour les contenus sonores. On le voit : ce type de récit mobilise tous les sens de l’élève et j’essaie de le  rendre attentif à ces différentes dimensions.

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Certains  jeunes, pour la plupart familiers des jeux vidéos, ont tendance à visionner l’ensemble rapidement et de manière superficielle. Cela m’oblige, comme je l’ai dit par ailleurs à leur demander de résumer oralement chaque épisode, à présenter les caractéristiques de chaque personnage sous la forme d’une carte d’organisation d’idées ou d’une fiche biographique. Ainsi, je vérifie ce qu’ils ont compris, je reprends  ce qu’ils ont oublié ou laissé de côté.

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La visite guidée

Le schéma narratif est au programme de Français en sixième. C’est l’occasion de voir avec eux comment il structure chaque épisode de manière toute simple. Il est important par la suite, au moment où nous aborderons leur propre projet, de leur rappeler la nécessité de s’appuyer dessus pour bâtir leur  récit. Toutefois, il est à mon avis nécessaire à ce moment, de ne pas y passer trop de temps. Les élèves ont le sentiment, à tort ou à raison, d’en savoir suffisamment sur Alice. Le moment est donc venu de leur permettre d’aborder leur propre vision de l’histoire.
yona02                                   La maison d’Alice au Brésil vue par Yona

Fondations

Sur le déroulement des séances, il était très proche de celui que j’avais proposé l’année précédente. Toutefois, les élèves avaient plus de liberté sur le contenu. Ils pouvaient ainsi soit imaginer une suite au troisième épisode (Russie) soit inventer complétement une nouvelle aventure pour Alice. Toutefois, ils devaient respecter les caractéristiques principales des personnages et du récit.  Après un premier jet, chacun a présenté à la classe les grandes lignes de son épisode. Ce qui m’a permis de recadrer des projets trop éloignés de la trame de base et de soumettre des idées à ceux qui étaient en panne d’imagination. Je sollicitais aussi d’ailleurs leurs camarades pour leur souffler de nouvelles pistes narratives.

Constructions

La démarche suivante a été d’enrichir leur récit par une recherche documentaire. Ils ont recueilli leurs informations dans une fiche de collecte, ce qui a permis de limiter le champ de leur investigation en sélectionnant uniquement les informations utiles. A partir de là, je leur ai demandé (proposition faite seulement à une classe un peu plus en avance que l’autre) de les présenter dans une carte d’organisation d’idées qui pouvait être enrichie d’illustrations. Cette démarche était pertinente pour des récits bien ancrés dans l’espace (un pays ou une ville), évoquant une activité précise. Elle l’était beaucoup moins pour des histoires floues faisant appel à des réalités mal cernées (l’élève ne sachant pas quoi chercher) ou fruit de son imagination débordante (intervention d’un dragon). Face à ces difficultés certains élèves ont été amenés à abandonner leur histoire initiale ou à la reprendre complétement.

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OLYMPUS DIGITAL CAMERA             Carte d’ organisatin d’idées de Pauline (au-dessus) et d’ Angela et Adam

Quelques réalisations

Certains comme vous pourrez vous en rendre compte ont fait un travail remarquable. C’est le cas tout particulièrement de Léa, Freya et Emilie. Après avoir mis au point leur histoire, elles l’ont mis en scène avec des personnages de playmobil puis photographié chaque scène. L’ensemble a été repris ensuite dans ce diaporama.

Une démarche du même type avait été engagée par une autre équipe mais n’a pas hélas abouti. Je dois dire que j’ai laissé toute latitude aux élèves pour me proposer une production : diaporama, collage, bande dessinée… En voici quelques exemples.

Le collage de Yona et Marine :

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Le diaporama de Adèle et Mathilde :

Certains se sont engagés dans des projets trop ambitieux pour eux-mêmes et n’ont rien rendu d’abouti, d’autres ont manqué de temps. Mais je ne le regrette pas. Je crois qu’il est aussi important que l’élève fasse cette expérience. Il aura le souci plus tard de mieux planifier son temps, d’ajuster son projet à la mesure de ses capacités.

Des récits à plusieurs voix

Tout s’est bousculé pour les élèves en cette fin d’année scolaire. Le troisième trimestre est passé très vite. Avec les ponts, les vacances de Pâques, la semaine banalisée dédiée aux voyages scolaires, le temps pour les élèves s’est réduit comme une peau de chagrin. Du temps, oui il en a manqué pour certains pour faire aboutir leur histoire. C’est pourquoi, j’ai insisté pour qu’ils enregistrent au moins ce qu’ils avaient écrit faute de me présenter un diaporama. Ce qui était le cas pour quelques élèves peu à l’aise avec la rédaction d’histoire ou manquant de temps pour aller plus loin.
L’enregistrement permet de valoriser le travail de chacun, là où il en est. Souvent après une première lecture, ils ont été amenés à remanier leur texte en corrigeant les expressions maladroites ou peu compréhensibles, en rectifiant les fautes de conjugaison ou de grammaire. Et certains même ont proposé de nouveaux développements à leur récit. Cet exercice nécessitant de leur part de la patience a été pour eux très fécond et je le proposerai encore aux élèves cette année. La qualité sonore médiocre des enregistrements laisse toutefois percevoir l’enthousiasme des élèves et leur capacité à raconter des histoires suscitant l’intérêt.

Alice en Grèce par Mathilde et Emeline.

Jeanne, Laurine et Louise proposent une aventure d’Alice, au Brésil.

Le rêve d’Alice

Alice au zoo par Yona et Marine.

Alice en Australie par Adam et Angela.

Des améliorations à apporter :

Tout d’abord, je pense mieux planifier les activités en organisant le travail dans le temps pour traiter chaque étape. En particulier au troisième trimestre. Il sera affiné pour chaque groupe selon les projets et afin que chacun sache où il en est.
La découverte du récit interactif AI sera plus directif et fera l’objet d’un questionnaire. La production finale doit être aussi envisagée plus tôt  (activités autour de la réalisation du diaporama en amont). Ce qui permettra à l’élève d’évaluer le temps qu’il y consacrera ensuite.
Inventer et rédiger une histoire ne va pas de soi. C’est pourquoi je proposerai des fiches pour les aider dans la démarches (reprise du schéma narratif, fiche d’identité du héros plus détaillée, fiche de collecte pour la recherche documentaire questionnaires sur la cohérence du récit permettant une autoévaluation. La carte d’organisation d’idées sera également utilisée sous différentes formes (collaborative/numérique).
Cette année, je proposerai cette année aux élèves de réaliser un diaporama pour raconter leur histoire. Il sera soit illustré par un fond musical soit par l’enregistrement du récit que je ferai au moyen d’un dictaphone.
Reste, une fois ces améliorations envisagées, à ouvrir ce nouveau chantier. Il s’annonce une fois de plus plein de promesses…

 Billet relu le 9/08/2014

 

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