Narration transmedia et récit personnel

Les articles sur la narration transmédia font souvent la part belle aux dispositifs techniques, à l’articulation et la distribution du contenu sur les différents supports. Pourtant, cette nouvelle manière de raconter des histoires ou de former différemment s’adresse à un public sur lequel il convient de mettre aussi l’accent. Je souhaite insister ici sur ce que j’appelle le récit personnel de celui ou celle qui s’engage dans ces nouveaux types de récits. Par sa participation, il tisse sur niveau intime une nouvelle histoire en résonance avec ses connaissances et sa vie personnelle.

 

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La narration transmedia, notamment dans le domaine des apprentissages favorise l’acquisition de connaissances. Il s’agit pour le participant d’accomplir un cheminement en avançant étape après étape. Tout d’abord, celui-ci recueille les éléments du récit dispersés sur les différents supports. A partir de là, un choix s’offre à lui. Il peut se contenter de collecter une partie de ses éléments, mais sa connaissance du récit global sera alors incomplète. Ou bien, il peut aller jusqu’au bout. Dans tous les cas, il est indispensable, pour le créateur de l’histoire, de favoriser des points de passage entre les médias pour inciter l’apprenant à aller plus loin dans sa quête. Si c’est le cas, et si ci celui-ci fait l’effort d’aller plus en avant, il enrichira son expérience par plus de contextualisation, de mise en perspective, de questionnements personnels. C’est à ces conditions que les données (briques élémentaires éparpillées sur les différents supports) peuvent devenir connaissance en construction à travers le récit global et l’expérience qui en est faite. La motivation pour aller de l’avant peut trouver sa source dans le dispositif technique, elle peut aussi s’appuyer sur les pairs impliqués aussi dans le projet.

Favoriser le travail collaboratif

La résolution du problème de départ est l’aboutissement d’un travail de de recherche et d’interprétation, seul et avec d’autres, en s’appuyant sur les  ressources du dispositif proposé et sur son enrichissement par les travaux de chacun. Elle s’appuie sur l’ expérience personnelle de l’apprenant, sur son bagage de connaissances réinvesti pour résoudre les questions posées. Le récit transmedia doit favoriser le jeu des échanges de savoirs, les discussions entre les participants ainsi que le travail collaboratif mis en œuvre à travers les contributions personnelles.
Il est important d’en conserver les traces individuelles et collectives pour y faire par la suite retour pour soi mais aussi pour le groupe.

Frise des épisodes d'Alice Inanimée.

Frise des épisodes d’Alice Inanimée.

Du storyworld transmédia au récit personnel

Ce qui compte ici est moins la destination du voyage que l’expérience vécue par le voyageur durant le temps du dispositif. Celle-ci lui a-t-elle permis d’apprendre de nouveaux contenus ? D’en savoir plus sur lui-même et sur les autres ? Est-il incité à poursuivre son cheminement ? Le récit proposé fait-il en lui chambre d’écho à l’émergence d’attentes qu’il souhaite dorénavant concrétiser ?
Cela ne peut être à mon avis le cas, que si, au fur et mesure des étapes du projet, on permet au participant de s’arrêter pour récapituler le chemin accompli, noter les questions en suspens, dresser le bilan régulier de ses trouvailles, lui offrir des espaces d’échanges avec les autres participants.

Une carte qui exprime aussi la personnalité de l'élève.

Une carte qui exprime aussi la personnalité de l’élève.

C’est ce que j’essaie depuis trois ans de réaliser avec le projet Inanimate Alice et j’en vois aujourd’hui toute la pertinence. Pour favoriser cette nécessaire prise de distance et de réappropriation du récit par l’élève, je fais appel à des outils comme les cartes heuristiques qui permettent aux élèves de relever les caractéristiques principales des personnages de l’histoire, schémas qu’ils peuvent enrichir tout au long du déroulement des épisodes. Je leur demande aussi de reprendre dans un tableau les éléments de l’histoire à partir des étapes du schéma narratif qu’ils abordent en cours de Français. Ces deux exercices dont vous trouverez des exemples sur ce site permettent aux élèves d’intérioriser le contenu de l’histoire par un travail de questionnement et de remémoration.

Une carte très détaillée

Une carte très détaillée

Enfin, en leur demandant d’imaginer la suite d’un épisode sous la forme d’un diaporama, je sollicite leur créativité et leur imagination. Ils se réapproprient ainsi l’histoire en se servant de leurs propres mots et en recourant à leurs références culturelles ou à leurs centres d’intérêts. Ces travaux réalisés souvent en binôme font aussi l’objet de discussions au sein du groupe.

A la recherche de la sagesse

Si le dispositif élargit votre vision du monde et votre rapport à autrui, s’il laisse entrevoir de nouveaux horizons d’attentes, un changement profond et invisible peut se produire chez le participant.
Mais cela nécessite un projet ouvert, humaniste, non consumériste en un mot : éthique. Ainsi, ce type de contenu, quand il est à visée pédagogique, favorise bien une culture de l’apprentissage.

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