Tirer le fil de laine, une analogie pour changemakers en éducation

Susciter la curiosité d’apprendre et faciliter l’accès au savoir sont deux préoccupations qui guident l’exercice de mon métier de professeur documentaliste. Pour les comprendre, une image : un petit bout de laine. A vous de faire votre pelote avec.

 

Lors d’une journée de formation de professeurs-documentalistes à Poitiers,
je suis passé avec mes collègues à  »  la belle aventure… » une librairie du centre-ville. Une visite destinée à découvrir les dernières nouveautés éditoriales susceptibles d’intéresser nos élèves mais aussi à nous insuffler de nouvelles idées dans l’organisation de nos centres de documentation et d’information. En particulier dans la manière d’organiser nos  fonds.
Dans nos cdi, en effet, les documentaires se répartissent par grands champs de la connaissance selon un plan de classement prédéfini, basé généralement sur la classification Dewey. Elle est particulièrement pratique pour la gestion du fonds au quotidien. Cette organisation rigoureuse est supposée faciliter l’accès des élèves aux documents.

Dès la sixième, ils sont d’ailleurs initiés à ses  principes d’organisation. On peut se demander d’ailleurs si celle-ci ne sert pas davantage le professionnel de la documentation que l’intérêt de l’élève. En effet, avec  ce mode de classement, conçu pour le livre, les savoirs sont en quelque sorte cloisonnés et n’incitent pas de prime abord le jeune à élargir son champs d’investigation. Sauf, bien entendu, si l’élève fait appel à la médiation du professeur documentaliste ou s’il fait appel , à condition de la maîtriser, à la base de données documentaire. On peut envisager un autre mode de fonctionnement : mettre en place une organisation par centre d’intérêts en particulier pour les fictions, l’orienter par une signalétique claire et imagée, ainsi qu’une cotation simplifiée . On  facilitera ainsi sa recherche et l’éveil de sa curiosité.

L’analogie du fil de laine

Mais revenons à “La belle aventure”, l’organisation est différente de celle de nos cdi.  Ici, et c’est affiché sur leur site web, on ne  parle pas de “documentaire” mais de « non fiction » « avec des essais et documentaires pour nourrir largement la réflexion intime comme le débat de société (vie des idées, des cultures et des médias ; questions d’économie, de travail et de justice sociale ; questions d’écologie et d’urbanisme ; regards sur la vie intérieure et sur le monde… ), livres d’art (beaux-arts, photo, danse, musique, cinéma, street art…).. »  La librairie se donne l’ambition de relier le livre à la vie intellectuelle et spirituelle, aux débats de société, à l’art. Elle entretient également un rapport nourricier avec ses clients-lecteurs au sein de groupes de lecture. A travers la disposition des ouvrages dans le magasin,  l’acquéreur potentiel est incité, comme guidé par un élan vital , à dépasser son besoin initial. Et le livre qu’il prend entre ses mains le guide à son tour vers un autre ouvrage et ainsi de suite.. “Un peu comme s’il tirait le fil de laine d’une pelote” nous explique la libraire. Là aussi, l’accès à des livres en affinité les uns avec les autres illustre cette tendance au décloisonnement des savoirs indispensable à la formation de l’honnête homme du XXIe siècle.

L’éducation sur le fil

Inciter l’élève à tirer le fil de laine. Développer chez lui sa curiosité, le goût de la découverte, l’envie d’apprendre, pour aller au-delà de ce qu’il sait, de ce qu’il vit, pour une vie meilleure, pour nourrir sa vie dans toutes ses dimensions.
Pour l’enseignant, tirer le fil de l’élève c’est repérer chez lui, ce qui peut le faire avancer, lui donner le goût des apprentissages, le pousser à s’investir dans son travail et dans la vie de la collectivité éducative. Poser les jalons du futur citoyen qu’il sera.
Tirer le fil de laine avec précaution. Éviter que cela casse. Conserver le lien. Dénouer. Renouer. Travail de longue haleine…

L’instruction ou l’art de tirer le fil de laine. La révolution éducative passe aussi par ce chemin.

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Raconter une histoire à plusieurs mains

Trois histoires inspirées librement du récit interactif « Inanimate Alice » ont été créées collectivement par les élèves de sixième lors de l’année scolaire 2014-2015. Et pour la dernière séance, ils ont même bénéficié des conseils d’Eli Anderson, auteur jeunesse reconnu.

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Narration transmedia et récit personnel

Les articles sur la narration transmédia font souvent la part belle aux dispositifs techniques, à l’articulation et la distribution du contenu sur les différents supports. Pourtant, cette nouvelle manière de raconter des histoires ou de former différemment s’adresse à un public sur lequel il convient de mettre aussi l’accent. Je souhaite insister ici sur ce que j’appelle le récit personnel de celui ou celle qui s’engage dans ces nouveaux types de récits. Par sa participation, il tisse sur niveau intime une nouvelle histoire en résonance avec ses connaissances et sa vie personnelle. Lire la suite

D’un poisson d’or et de deux questions qui me tiennent à coeur en ce moment

Vous avez sans doute constaté quelques changements sur ce site (liens revus, articles relus et actualisés au besoin) à l’image de la page d’accueil illustrée par le célèbre poisson d’or, une huile de Paul Klee…..

C’est l’histoire de deux jeunes poissons qui nagent et croisent le chemin d’un poisson plus âgé qui leur fait signe de la tête et leur dit, « Salut, les garçons. L’eau est bonne ? » Les deux jeunes poissons nagent encore un moment, puis l’un regarde l’autre et fait, « Tu sais ce que c’est, toi, l’eau ? »

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« C’est de l’eau », David Foster Wallace

Comme ce poisson  j’ai envie à mon tour ici de poser la question : « Tu sais ce que c’est, toi la narration transmedia ?« 
En m’interrogeant sur les problématiques qui tournent autour de la lecture numérique et la question soulevée par Alain Giffard sur les rapports entre la lecture et l’attention, j’élargis la réflexion en me demandant ce qu’elles deviennent dans le cadre d’une narration transmedia. Question que je souhaite creuser et dont le projet autour du récit interactif  « Alice Inanimée » peut offrir des pistes de réponses à la condition de l’inscrire dans les études en cours sur le sujet.

Autre questionnement. Les projets transmedias menés par les industries créatives s’inscrivent dans le cadre de « l’économie de l’attention« . Il convient donc de voir comment la télévision, le cinéma alliés au marketing notamment , souhaitent capter l’attention du public par une approche plus englobante (convergence des médias) et avec sa participation voir son engagement. D’où la nécessité vitale de défendre une autre conception du projet transmedia qui valorise une approche éthique inscrite dans une « économie de la contribution » telle qu’elle est développée par des personnalités comme Bernard Stiegler par exemple.

Deux importants questionnements donc qui vont orienter dans les mois à venir les billets sur ce blog et mon travail de terrain.

En savoir plus :


Giffard, Alain
Pour une critique pharmacologique de la lecture numérique
http://alaingiffard.blogs.com/culture/2013/01/pour-une-critique-pharmacologique-de-la-lecture-num%C3%A9rique.html

L’urgence de tout repenser, entretien avec Bernard Stiegler http://romainelubrique.org/bernard-stiegler

pages consultées le 19/08/2014

Le récit transmédia : Odyssée de l’espèce

Dans un entretien Jeff Gomez, le créateur d’histoires transmédia, CEO et président de Starlight Runner Entertainment évoquait ce besoin de l’homme à l’aube de l’humanité d’écouter des récits. En le lisant  je ne pouvais pas m’empêcher de penser à l’ouverture du film de Stanley Kubrick « 2001 L’Odyssée de l’espace » où à l’aube de l’humanité un de nos lointains prédécesseurs  propulse un os qui nous projette deux milliers d’années plus tard dans l’aventure spatiale.

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